L’île où des centaines de chats seront tués (pour sauver les albatros)

Avec les chiens, les chats sont nos animaux de compagnie préférés. Mais les chats errants vivent encore souvent à l’état sauvage et redeviennent ce qu’ils ont été pendant des milliers d’années : des chasseurs. Et ce sont des chasseurs si habiles que lorsqu’ils sont trop nombreux, ils peuvent mettre en péril la survie des espèces qu’ils mangent.

Aux îles Kerguelen, un archipel français d’îles subantarctiques dans le sud de l’océan Indien, les félins mettent en danger la vie des espèces indigènes, principalement les albatros. Ces oiseaux étaient auparavant sans précédent dans la région, mais en 1950, les premiers chats se sont réunis avec les humains, seulement cinq. Aujourd’hui, la population féline atteint plusieurs milliers, mais il est difficile de savoir exactement combien d’entre eux sont retournés dans la nature. Les estimations des chercheurs de l’Institut polaire français (Ipev) parlent de 7/8 mille exemplaires.

L’archipel est devenu l’illustration d’un fléau écologique complexe : celui de l’effet des chats sauvages sur la biodiversité. “Ils sont un tsunami de violence et de mort pour les espèces indigènes”, a déclaré le ministre australien de l’Environnement en 2015, lorsqu’il a été décidé de tuer 2 millions de chats sauvages sur le continent insulaire. En Europe continentale et aux États-Unis, nos compagnons à moustaches sont également couramment appelés nuisibles à l’état sauvage.

Une étude menée en 2012 par le Smithsonian Conservation Biology Institute de Washington a fait le tour du monde. Le document répertorie les chats errants comme “la principale cause de décès dans la nature aux États-Unis”, et affirme qu’ils tuent entre 1,4 et 3,7 milliards d’oiseaux et entre 6,9 ​​et 20,7 milliards de petits mammifères. Une étude, publiée en mars 2021 dans la revue suisse Springer Nature par une équipe de chercheurs dirigée par Christophe Barbraud, est parvenue à démontrer un lien entre la prédation des chats et des capacités de reproduction réduites chez les albatros de Kerguelen.

“Le succès de reproduction où des attaques de poussins ont été enregistrées était faible (12%) par rapport aux zones sans attaques (86%)”, écrivent les auteurs, qui ont utilisé des pièges photographiques situés sur la presqu’île de Courbet, à l’est de Grande. Aux îles Kerguelen, les albatros sont particulièrement menacés : malgré la force de leurs ailes, ils restent vulnérables face à un danger contre lequel ils n’ont jamais appris à se défendre. Les chercheurs ont documenté 17 attaques sur 13 poussins. De ces 13 poussins, seuls 3 ont survécu. Cela porte le succès de chasse de ces chats à 76%, un pourcentage supérieur à celui du chat noir sud-africain, considéré comme le tueur le plus efficace de toute la famille des félins.

Le centre de recherche estime que “les efforts de conservation devraient se concentrer sur l’éradication des félins, car il faudra encore longtemps avant que d’autres menaces pesant sur cette espèce, telles que l’enchevêtrement dans les filets de pêche, la pollution par les polluants ou le changement climatique, puissent être atténuées”. Bien que les autorités des Terres australes et antarctiques françaises aient pour consigne de ne pas trop médiatiser l’extermination des chats, notamment auprès des journalistes, la chasse aux chats à Kerguelen dure depuis un certain temps (dans le reste de la France elle est toujours en cours) . interdit et puni. De la loi).

Aujourd’hui, la gestion du problème félin est entre les mains des agents de la faune qui n’ont cependant pas les ressources nécessaires pour faire face au problème. À l’heure actuelle, par exemple, seuls les bénévoles sont en mesure de manipuler les armes à feu disponibles dans un quartier. Mais ces jeunes n’ont souvent pas de permis de chasse ni d’expérience dans le maniement des armes.

Pour lutter contre les prédateurs, deux stratégies s’opposent : la méthode dite « TNR » (« Trap-Neuter-Return » : capture-stérilisation-relâche) et l’extermination pure et simple (au moyen d’empoisonnement, d’armes à feu ou d’euthanasie après capture), qui prend parfois la forme extrême de l’extermination totale. Les organisations de protection des animaux sont scandalisées par ce “génocide animal” et proposent plutôt une stérilisation de masse pour permettre aux populations de décliner naturellement. Mais souvent cette pratique est très compliquée et donc l’élimination est préférable.

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