L’éducation en plein air : mode ou nouvelle façon de se construire une conscience sociale ? (14-06-2022)

«L’Outdoor Education (OE) doit être considérée comme une stratégie éducative mise en œuvre dans des contextes naturels et de plein air, basée sur l’apprentissage expérientiel et la pédagogie active. Travailler et se former en plein air, c’est profiter de ce que la nature et l’environnement mettent à notre disposition pour acquérir de nouveaux apprentissages et donner de la qualité au processus éducatif » : c’est ce qu’affirme Alberto Di Monaco, docteur en sciences de l’éducation et pédagogie, auteur d’un tome consacrée à ces problèmes (Nouvelles frontières de l’éducation à l’environnement en plein air. Entre durabilité et écologie, sentiers pédagogiques et animations expressives – Éditions souterraines, 2021). La question est d’une grande actualité compte tenu des urgences environnementales et climatiques et l’est devenue encore plus après la crise sanitaire qui a résulté de l’urgence pandémique, lorsque la propagation du virus en milieu clos est devenue une menace encore plus grande.

Di Monaco conjugue son activité d’éducateur professionnel à celle de formateur et de conteur dans des services axés sur le troisième âge, l’enfance et l’éducation à l’environnement, dans une perspective intergénérationnelle. Il a fondé et dirige le groupe “La Bottega dei Narratori” au sein de l’association de promotion sociale Arkys Network of Ideas Aps, avec laquelle il mène depuis des années des projets, des ateliers, des parcours et des événements dans tout le pays. Nous lui avons demandé de mieux expliquer les constructions théoriques et les avantages de l’éducation en plein air : “L’environnement extérieur doit être compris comme un espace dédié à l’expérience et à l’éducation, dans lequel d’importants parcours de formation sont capables de faire vivre des connexions infinies dans une perspective multidisciplinaire. Les principales caractéristiques de l’éducation en plein air sont la souplesse et l’adaptation. L’écrivain Carlo Sgorlon disait il y a quelques années : « Nous ne pouvons plus attendre. Il est indispensable de remettre l’homme dans la nature au plus vite, de lui faire retrouver l’humilité de se reconnaître. comme faisant partie de celui-ci et relié à lui par les nécessités de la vie “”.


Comment l’éducation en plein air peut-elle affecter les voies associées à l’âge de développement ?
La pédagogie de l’éducation en plein air privilégie les expériences directes et concrètes dans la nature chez les enfantsTout part du postulat que faire un lien avec l’environnement aide les enfants à développer des aspects importants de leur éducation et de leur personnalité. Elle suppose qu’il existe une intentionnalité qui accompagne le fait d’être à l’extérieur, reconnaissant l’environnement extérieur comme un lieu privilégié pour le développement psychophysique du sujet à l’âge de développement. Le contact direct et personnel avec la nature aide à développer la perception de la réalité dans une clé multisensorielle, favorise la stimulation de la créativité, de l’imagination, de l’autonomie, du sens de l’aventure, de la découverte, de la curiosité et des capacités d’autorégulation. Elle élargit également la variété des expériences, car elle permet de dépasser les seules modalités auditives et visuelles qui prédominent aujourd’hui. L’expérience dans la nature permet à l’enfant d’harmoniser et de réunir le binôme corps-esprit et favorise l’interaction et la socialisation avec le groupe d’âge et avec les adultes, à travers des jeux, des sentiers et des activités. L’application de l’HE, si elle est effectuée en continu, apportera sans aucun doute de multiples avantages, favorisant positivement le développement global de l’enfant.

Les écoles et la didactique semblent souvent encore étroitement confinées dans des murs physiques et conceptuels. Mais en parallèle, des expérimentations positives ont également lieu : comment ouvrir l’école à une relation plus féconde avec les milieux naturels ?
L’éducation à l’environnement devient une opportunité d’innovation scolaire car elle contribue à enrichir l’offre pédagogique de « l’école de l’autonomie », lui permettant de développer des interactions productives entre l’école et le territoire et de redonner du sens aux savoirs disciplinaires en les mettant en relation. L’école s’ouvre aujourd’hui au contexte social et au territoire pour lire l’identité des enfants, pour construire avec eux une culture d’appartenance et de participation, d’éducation au respect mutuel, à la cohabitation, à la citoyenneté consciente ; c’est la première communauté dans laquelle nous parlons, communiquons, rencontrons différentes cultures et devenons des citoyens actifs à travers l’expérience et le jeu. En d’autres termes, il s’agira d’un projet de recherche-action pour les étudiants – car il allie savoir et engagement social – et pour les enseignants, pour qui il offre l’opportunité de reconsidérer leur professionnalisme « sur le terrain ». Les activités proposées peuvent répondre aux principaux besoins de formation individuels et sociaux qui sous-tendent l’éducation à l’environnement : le besoin de découvrir et d’expérimenter l’environnement ; besoin de construire sa propre identité dans un contexte réel, non virtuel, non formalisé ; besoin d’appartenance et d’épanouissement dans un contexte de relations riches et complexes ; besoin de savoir de manière globale dans un processus qui implique les niveaux sensoriel, émotionnel et cognitif.

Que doit viser aujourd’hui une bonne éducation à l’environnement ?
L’éducation environnementale doit viser à adapter les valeurs et les comportements sociaux, en premier lieu en utilisant les incitations qu’offre la nature. La protection du monde naturel ne doit pas être l’objectif premier de l’éducation à l’environnement, mais aussi et surtout un moyen par lequel chacun peut construire sa propre conscience personnelle et sociale. L’adulte joue un rôle déterminant. Le formateur et le meneur d’expérience jouent le rôle d’éducateur environnemental qui doit toujours être en présence, en vigilance cognitive, savoir réfléchir à ce qui se passe en ajustant l’itinéraire et aussi en suivant des boussoles de fortune. Selon Schön, l’action réflexive est une construction épistémologique : le professionnel qui agit de « manière réflexive » est celui qui se pose en chercheur et grâce à cette attitude accroît les connaissances et les compétences en réfléchissant sur l’action au fur et à mesure qu’elle se déroule ».

Jardins sociaux et potagers, réutilisation d’espaces abandonnés, parcours sensoriels et pistes cyclables… l’éducation en plein air peut-elle aussi favoriser les politiques de rénovation urbaine ?
Les gens doivent prendre conscience de leur rôle, surtout après une catastrophe planétaire comme la pandémie. Nous devons savoir comment mieux occuper l’espace disponible et avant de consommer des ressources supplémentaires, nous devons apprendre à utiliser au mieux l’espace disponible, basé sur le recyclage et la réutilisation. S’il est nécessaire de réduire nos consommations, il faut souligner que le développement durable ne doit pas être compris comme une simple limitation quantitative : il apparaît à l’inverse comme une « croissance de qualité ». D’une grande importance est la défense de la biodiversité biologique pour prévenir l’extinction des espèces végétales et animales, mais aussi la défense de la biodiversité culturelle, des langues et des savoirs.

Photo de Kelly Sikkema sur Unsplash

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