un monument de l’art d’agir

Définir un acteur Jean-Louis Trintignant, décédé le 17 juin à l’âge de 91 ans, semble presque un euphémisme de son interprétation d’un métier qu’il a exercé à 360 degrés sans discernement. On se souvient de quelque chose de sa carrière.

Il a eu une longue vie, Jean-Louis Trintignant, décédé le vendredi 17 juin à l’âge de 91 ans. Mort, comme l’a rapporté la famille, simplement de vieillesse, pas du cancer de la prostate qu’il a annoncé il y a quelques années, ni du diabète, ou plutôt, d’une série de toutes ces maladies mortelles à un certain âge, après une vie bien remplie. Définir l’acteur Jean-Louis Trintignant, descendant d’une famille riche avec de nombreux pilotes dans les rangs (dont son grand-père et un oncle), et lui-même pilote de rallye victorieux, semble presque un euphémisme. Car s’il y a quelqu’un qui a interprété cet art à 360 degrés, c’est bien lui qui choisit les rôles en fonction de l’intérêt et de la qualité des personnages, sans faire de distinctions inutiles et académiques entre films d’auteur et genres. Presque tous les journaux italiens citent les gros titres à ces heures dépasseroù un jeune Trintignant (il avait 32 ans mais ressemblait à un garçon), avec son visage blond et sa naïveté de provincial (ce qu’il était en réalité, ayant dû gommer son accent provençal pour travailler) la proie idéale était explosive et destructeur de la personnalité de Bruno Vittorio Gassmann† A cette occasion, ironiquement, il a dû s’asseoir sur le siège passager, et il n’a pas manqué de dire en riant que l’acteur italien était un mauvais conducteur. Mais une partie importante de la carrière de Trintignant s’est déroulée en Italieet on veut se souvenir des films qu’il a fait avec nous, pour les autres en Europe et avec de grands réalisateurs, parmi les nombreux (146 selon IMDB, mais allez savoir) qu’il a joué.

L’Italien Jean-Louis Trintignant

pour le dépasseren 1959, il fait ses débuts dans le cinéma italien, sur la vague du grand succès de Trop de gens l’aimentde Brigitte Bardotdans été violent de Valerio Zurlinicréalisateur qui a toujours aimé les comédiens français et avec qui il retravaillera bien des années plus tard, ne Le désert des Tartares† Il vient ensuite un an après Il sorpasso ne. ensemble à Gassman Le succèsun autre film sur le boom économique, attribué à Mario Morassi mais surtout encore de j’ai ri† En 1965, il collabore avec Gianni Puccinic dans je tue, tu tuesépisode du film La femme qui vivait seule† Deux ans plus tard, il joue dans Avec mon cœur dans ma gorge de laiton Tintoun roman policier qui utilise la collaboration de Guido Crépax† En 1968, il collabore avec Gina Lollobrigida c’est encore) Ewa Aulin dans le culte de Giulio Cette mort a fait l’œuf† La même année, le chef d’oeuvre du western spaghetti le grand silencedans lequel Sergio Corbucci mets-le à côté Klaus Kinskic, dans un film tourné dans la neige de Cortina, dans le rôle d’un tueur de primes silencieux. Un film nihiliste, avec la bande originale de Ennio Morriconeabsolument récupérable (si vous ne l’avez pas vu, c’est sur Prime Video), adulé par des réalisateurs comme Alex Cox Et Quentin Tarantino, qui s’en inspire dans plusieurs scènes, ainsi que pour le décor, de Les huit haineux† Ce merveilleux test suit la matriarchede Pasquale Festa CampanilePensez à une soirée de Giuseppe Patroni Griffic Et Si doux… si pervers de Umberto Lenzicavant d’arriver en 1970 dans le rôle principal acclamé par la critique dans le conformiste de Bernardo Bertoluccidu roman du même nom Alberto Moravie

Le premier jour du tournage, sa fille de 10 mois, dans un hôtel avec lui et sa femme Nadine Marquand (actrice et réalisatrice qui l’a également réalisé), cesse soudainement de respirer. Avec la coopération des Romains (dont Trintignant avouera à l’occasion de la découverte de la grande humanité), il devient une course désespérée à l’hôpital, mais le petit n’y arrive pas. C’est la première des grandes peines personnelles pour l’homme Jean-Louis, qui parvient néanmoins à offrir à Bertolucci une brillante performance. Ce n’est pas la première fois que Trintignant, fils de partisan et antifasciste, exprime avec conviction la frustration d’un homme du mauvais côté. En 1972, il reçoit un Spécial David de Donatello, malheureusement l’un des rares honneurs de sa carrière. Après quelques années de retour au cinéma et au théâtre français, il joue pour Luigi Comencini La femme du dimanchedu roman de Fruttero et Lucentini, avec Marcello Mastroianni† L’année suivante, 1976, il retourne travailler avec Valerio Zurlinicqui l’avait dirigé dans son premier film italien, ne Le désert des Tartares de Dino Buzzati, dans un casting de stars où le grand Docteur est Ruins. Quatre ans plus tard, il collabore avec un autre grand réalisateur italien, Ettore Scoladans La terrasse, dans lequel il est également rejoint par sa jeune fille bien-aimée Marie. Son rôle est celui d’Enrico, le scénariste en crise d’idées et en dépression nerveuse. Il retourne travailler avec le réalisateur trois ans plus tard dans Passion d’amour et en 1982 en Le nouveau Monde† L’année suivante, Dario, le protagoniste du film sur le terrorisme Frapper au coeurdébut de Gianni Améliosa retraite du cinéma italien pour revenir en France après un voyage américain Sous le feu de Roger Spottiswood

Jean-Louis Trintignant et les grands du cinéma mondial

Comme nous le disions au début, les collaborations de Trintignant avec les plus grands réalisateurs du cinéma européen et mondial sont légion. On retiendra parmi celles-ci l’association avec Costa-Gavraspour lequel il joue le jaune Dormeur pour les tueurs et est le protagoniste de la belle Z – L’orgie du pouvoir, sur la dictature des colonels grecs, Oscar du meilleur film étranger et prix du jury à Cannes. Parmi les réalisateurs français avec lesquels il travaille Roger Vadim dans le cité Trop de gens l’aimentrelations dangereuses Et Le château en Suède† et encore avec Jacques DemyHenri-Georges ClouzotRené ClémentAlain Robbe GrilletEric Rohmer (sa performance dans Ma nuit avec MaudMichel DevilleClaude BerricFrancois TruffautEnfin dimanchechef-d’œuvre des deux), Régis WagnerLes Suisses Alain TannerEnki BilalBertrand BlierJacques Audiard et plein d’autres. Très important dans sa carrière Claude Lelouchqui lui confie l’un de ses rôles les plus populaires et les plus aimés dans Un homme, une femmequi reprendra vingt ans plus tard dans Un homme, une femme aujourd’hui et avec qui il travaille Le méchantVive la vieReviens revivre† Avec Lelouch est son dernier film, de 2019, Les meilleures années de nos vies† Enfin, l’un de ses meilleurs rôles avec de grands réalisateurs, il est impossible de ne pas mentionner Amour de Michel Haneke Et Trois couleurs : film rouge de Krysztof Kieslowski

Jean-Louis Trintignant, une carrière impressionnante mais méconnue et une vie marquée par la tragédie

Ironique, cultivé, sympathique : c’est ainsi qu’émerge Trintignant dans les entretiens. Dans sa carrière, qui s’est également largement passée sur les tables de scène, il a réussi à faire mille choses et a eu relativement quelques récompenses officielles: cinq nominations et un seul César, mérité mais en retard, pour Amourpour lequel il a également remporté le European Film Award et un Ours d’argent à Berlin pour sa performance dans L’homme qui ment de Alain Robbe Grillet† Mais les grands acteurs ne sont pas déterminés par les prix, mais par les qualité de travail qu’ils laissent en héritage. Dans cette vie longue et assidue, la douleur la plus terrible pour lui, après la perte de sa première fille nouveau-née, a été le meurtre de sa fille. Marie Trintignantune mère de 4 enfants de 41 ans, aux mains de son compagnon d’alors, Cantate de Bertrand, en 2003. Non seulement les conditions effroyables de ce fémicide, mais aussi les 4 ans de prison que le chanteur de Noir Désir a purgés pour avoir battu sa fille, ils avaient beaucoup essayé et étaient revenus pour en parler même s’il n’avait jamais a donné en spectacle une douleur intime aussi atroce. On dirait qu’il est décédé paisiblement dans sa maison à côté de sa dernière femme Marianne Hopfner, entouré de l’affection de son fils Victor et de ses petits-enfants. Quoi qu’il en soit, espérons qu’en échange de cette douleur, il se rende compte qu’il est aimé et apprécié par des millions de personnes à travers le monde.

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