Critique et intrigue du film Woody Allen

MILAN – L’un des cinéastes les plus prolifiques depuis que le septième art a vu le jour avec les frères Lumière et c’est presque un défi de voir son œuvre complète, qui s’étend sur sept décennies différentes : c’est l’incontournable Woody Allen, né Allen Stewart Königsberg en Manhattan et maintenant Hot Corn sont heureux de vous guider à travers cette mer de films. Pour cet écrivain, il est très inconcevable que dans le groupe de ses œuvres les plus réussies, surtout quand on regarde la filmographie des années 2000, un titre indélébile soit souvent oublié comme Tant que ça marche depuis 2009† Le protagoniste de l’histoire est Boris Yellnikoff (Larry David), un ancien professeur de Columbia, proche du prix Nobel, avec la misanthropie proverbiale et l’alter ego évident du bon Woody. Il ramasse un peu d’argent en apprenant aux enfants les échecs, qu’il décrit comme des zombies incompétents, qu’il essaie de secouer de leur torpeur végétale. Détesté par le monde qui l’entoure, il rencontre Melodie St. Ann Celestine (Evan Rachel Wood), une belle petite fille de province, « idiote inimaginable », avec qui il noue une relation inattendue.

Larry David dans Just It Works

En plus d’eux, d’autres personnages irrésistibles comme la mère sectaire et provinciale de Melodie (une Patricia Clarkson exceptionnelle – la revoir dans La fête), peu compatible avec l’athéisme convaincu de Boris et qui retrouvera à New York quelque chose de lui-même qui a toujours dormi. Après une tournée européenne qu’il allait bientôt reprendre, Woody Allen retourne dans son Manhattan, le lieu de son coeur qu’il aime tant, et se retrouve, sa verve, son intelligence parfois étouffée dans bien d’autres films du nouveau siècle. Ici, il n’épargne personne du tout, surtout son pays défini comme honteux, violent, préjugé, analphabète et pharisien… son protagoniste lui fait même déclarer qu'”aux États-Unis les gens ont toujours détesté les étrangers : c’est le rêve américain !” † Boris crache toutes ses opinions et idées directement dans le public au public, tout comme Allen l’a fait dans Moi et Annie et c’est en fait justement à l’époque de son exploit créatif que remonte ce scénario génial (et ça se voit !). Elle est restée si longtemps dans le tiroir, car l’acteur avait initialement prévu la mort du protagoniste : ce serait donc un double péché de la laisser mourir à nouveau, après avoir attendu si longtemps pour être produite.

Evan Rachel Wood et Larry David
Evan Rachel Wood et Larry David

Trop de blagues cultes mordantes au sourire amer que seules quelques visions passionnées peuvent aider à garder en mémoire et certainement beaucoup resteront à l’extérieur, grâce au montant peu scrupuleux. « Si une personne décède, est-ce un fumeur ou un obèse : hé savez-vous la dernière en date ? Même les maigres non-fumeurs meurent” ou “si je dois manger neuf portions de fruits et légumes moches par jour pour vivre, je ne veux pas vivre : je déteste les fruits et légumes”, mais la liste serait trop longue et le le visionnage du film compromettait inutilement. En vous attachant aux tics de Boris, comme chanter “Happy Birthday to You” deux fois en vous lavant les mains “pour éliminer toutes les bactéries”, vous cultivez simultanément votre hédonisme cinéphile grâce à des références directes aux classiques du cinéma tels comme Emporté par le ventMa belle dame Et La vie est belle reconsidéré et engagé dans le scénario avec un naturel extrême, loin de la citation exaspérée du récent et raté Fête de Rifkin pour ainsi dire.

Une scène de Just That It Works
Une scène de Just That It Works

Alors si vous voulez vous offrir un cadeau, récupérez ces quatre-vingt-dix minutes d’humour pur et plein d’esprit sur le CHILI dans l’oeuvre numéro 40 de Woody Allen. Les critiques ont tout de suite très bien accueilli le film, mais sans doute Faites-le fonctionner a eu le malheur de se produire dans un laps de temps entre Balle de match Et Minuit à Paris, des œuvres agréables que le public adore, bien qu’elles ne soient pas si brillantes. Un film raffiné mais direct, subtil mais imparable, il a un rythme parfait qui alterne au mieux des moments plus serrés et plus détendus. De cette façon, nous arrivons inexorablement à une célébration sobre du Nouvel An, ce jour de grand espoir où Allen décide symboliquement de fermer son chef-d’œuvre. Là, il nous rappelle que quel que soit l’amour que vous pouvez donner et avoir, quel que soit le bonheur que vous réussissez à vous faufiler ou à obtenir, tout don de grâce temporaire… tant que cela fonctionne !

  • Voulez-vous voir le film? Vous pouvez le diffuser sur CHILI

Leave a Comment