Il y a 30 ans aujourd’hui – C’était le 13 juillet 1992

Préparez-vous pour la TNT

(Récit des 57 derniers jours par Paolo Borsellino)

Palerme. Paolo Borsellino est tendu, tiraillé au visage, un des flics qui l’accompagne ne peut s’empêcher de lui demander si tout va bien, la réponse le paralyse : “Je m’inquiète pour toi car je sais que la TNT est arrivée pour moi et je ne veux pas t’impliquer
Le matin le Ros il a même informé le haut du parquet et la police de Palerme que, selon des sources confidentielles, une cargaison d’explosifs est arrivée dans la ville.
Les cibles seraient selon les informations à côté du juge Borsellino, le capitaine Sinicole maréchal carmelo Canaliser et deux politiciens siciliens La salve est allée (Le ministre de la Défense socialiste a enquêté pour échange de voix avec la mafia de Catane et a ensuite été acquitté) e Calogero Mannino (ministre chrétien-démocrate jugé et acquitté dans le cadre de l’enquête sur les négociations État-mafia).
Borsellino sait tout, il le dit aussi à Don Cesare Rattoballic (prêtre-neveu de Vito Schifani) à qui il demandera en urgence des aveux quelques jours plus tard.
Les deux (qui ne se connaissaient que de vue) se retrouvent un soir au palais de justice de Palerme.
Don Rattoballi dit : “C’est la nuit dans la maison funéraire installée dans le palais de justice après le… massacre de Capac se rapprocher. Je suis là parce que mon cousin fait partie des victimes. Ce soir-là, la femme de Vito (Schifani) et moi écrivons la lettre qui sera lue lors des funérailles. Ce soir-là, j’ai une longue conversation avec Borsellino, il veut rencontrer la veuve de Vito et le matin, avant l’enterrement, il pose son bras sur son épaule pour l’accompagner, comme un père.
Rosaria Schifani arrivée à l’autel elle lit en larmes sa lettre – qui est restée dans la mémoire collective – « … Aux hommes de la mafia et autres, mais surtout aux non-chrétiens : sachez qu’il y a une possibilité de pardon pour vous aussi. Je te pardonne, mais tu dois te mettre à genoux.
“A Paolo Borsellino –
dit Don Cesare – J’aime cette invitation à la conversion. Il me dit de lui rendre visite à la maison avec mon cousin. Il nous répète que ce que nous avons fait ce jour-là porte ses fruits, que certains mafieux de la prison, lorsqu’ils ont vu le supplice de cette femme, étaient malades, ils ont demandé à parler aux magistrats. En moins de deux mois, nous nous rencontrons au moins quinze fois.
[…]Se rendant compte qu’il est attaqué, il commence à se préparer chrétiennement.
Il y a une immense douleur dans son cœur. Un jour dans son home studio, il me confie que le… Ros il a découvert que la TNT était arrivée pour lui aussi. Je lui demande “pourquoi tu n’y vas pas ?” réponse “
Je suis un homme d’État, je suis un homme des institutions, je ne peux pas partir seul ni me cacher, je reste à ma place et me prépare à toutes les éventualités (…) priez pour ma famille » Et il me dit que pour un moment il “regarde ses enfants de loin, les regarde, ne les caresse plus, “pour que je les habitue à mon absence”
Paolo Borsellino est un homme solitaire, seul dans son travail et seul avec ses pensées, qui ne voudrait pas qu’elles tombent sur sa famille, à qui il consacrerait plutôt des moments de sérénité, de normalité ; fait de déjeuners ensemble, de courts séjours dans la maison au bord de la mer (qui sera découpée jusqu’au dernier jour) et de promenades avec sa femme. Mais c’est vraiment sa femme Agnès de tout remarquer et même de demander aux escortes comment va son mari.
Pendant cette période, en revanche, le juge agit devant tout le monde : il écrit souvent sur une ordre du jour rouge† Ils le voient écrire chez lui, à l’hôtel, au bureau. Parents, amis et associés témoigneront.
Qu’écrit Paolo Borsellino sur cet agenda rouge ? Pourquoi le porte-t-il toujours avec lui à ce moment-là ? qui de ceux qui le voient écrire se rendent compte de l’importance de ces notes ? et à qui rend-il compte ?
A moins d’une semaine de l’attentat de Via D’Amelio, Paolo Borsellino vient d’apprendre que la TNT est déjà arrivée en ville pour lui, confiant ses dernières vérités à un agenda qui, espère-t-il, lui survivra.
Il manque de temps et doit se dépêcher…

Photo © Shobha

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