Eugenio Montale et le poème “Ex voto”, quand l’amour vainc toute adversité

Eugenio Montale a su exprimer dans ses poèmes des sentiments, des humeurs et des émotions que nous pouvons difficilement exprimer avec des mots. Ce grand poète a réussi à créer un monde extraordinaire en décrivant l’ordinaire : l’amour, le sentiment d’appartenir à un lieu ou à une idée, la désillusion et le détachement qui trouvent leur chemin quand la réalité fait défaut, la douleur du deuil, le sentiment de conscience à travers lequel nous voyons d’une manière différente la vie dans laquelle nous sommes tombés…

Eugenio Montale nous a laissé tant de beauté avec ses compositions. Le poème que nous partageons aujourd’hui, “Ex voto”, est l’un des poèmes les moins connus du poète. C’est une belle composition dédiée à son épouse bien-aimée Drusilla Tanzi, décédée en 1963 mais restée présente dans tous les coins de la maison et de l’existence du poète. “Ex voto” est en effet inclus dans le recueil “Satura”, paru pour la première fois en 1971. Un poème d’une grande profondeur, témoignant d’un amour capable de surmonter toutes les adversités, tous les obstacles, toutes les matérialités. Un amour qui ne s’arrête pas, même après la mort.

Ex-voto par Eugenio Montale

Ça arrive
que les affinités de l’âme ne viennent pas
aux gestes et aux paroles, mais restez
répandu comme un magnétisme. C’est rare
mais ça arrive.

Pourrait être
que seule la distance est vraie,
véritable oubli, véritable feuille sèche
plus que la pousse fraîche. Tant et plus
il peut ou peut être dit.

je comprends
ta volonté obstinée d’être toujours absent
parce que c’est la seule façon qu’il se manifeste
ta magie. Compter les tours
Je veux dire.

J’insiste
à ta recherche dans la brindille
et jamais expliqué dans l’arbre, jamais entièrement, toujours
dans le vide : dans n’importe quoi sur la perceuse
résiste.

C’était ou ce n’était pas
la volonté des dieux présidents
ta maison lointaine, étrange
des animaux de compagnie polyvalents aux âmes multiples ;
c’était peut-être ce qu’il me semblait
ou ce n’était pas le cas.

J’ignore
si ma non-existence satisfait ton destin,
si la tienne remplit la mienne qui déborde,
si l’innocence est une faute ou
se trouve à la porte de vos lares. Mien,
Je sais tout de toi, tout
J’ignore.

Eugène Montale

Eugenio Montale est né à Gênes le 12 octobre 1896 dans une famille aisée. Le père d’Eugenio possède une entreprise qui fabrique des produits chimiques. L’enfance et l’adolescence d’Eugenio Montale sont marquées par une santé précaire, qui empêche le jeune homme de vivre la vie joyeuse et insouciante qui convient aux enfants de son âge.

En raison de la pneumonie constante, Montale se concentre sur des études techniques, plus rapides et moins exigeantes que les études classiques. Diplômé avec d’excellentes notes en comptabilité en 1915, Eugenio cultive néanmoins une passion pour la culture humaniste en étudiant seul et en suivant les cours de philosophie de sa sœur Marianna, inscrite à la Faculté des lettres et de philosophie. Pendant ce temps, la Première Guerre mondiale appelle de nouvelles recrues. C’est ainsi que Montale fut enrôlé dans l’infanterie en 1917 après avoir accompli son service militaire et combattu jusqu’en 1920, date à laquelle il fut démis de ses fonctions avec le grade de lieutenant.

Dans les années 1920, le fascisme a commencé à se répandre en Italie. Eugenio Montale est l’un des nombreux intellectuels qui ont signé le “Manifeste des intellectuels antifascistes” conçu par Benedetto Croce en 1925. C’est une année fondamentale dans la vie du poète : en effet, la première publication des « Ossi di seppia » remonte à 1925 et marque un tournant dans la carrière littéraire de Montale.

En 1927, Eugenio Montale s’installe à Florence, où il collabore avec d’importants magazines et le Cabinet Vieuxsseux, poste dont il fut licencié en 1938 pour sa réticence à résister au fascisme. Néanmoins, le séjour florentin est l’une des périodes les plus complètes et les plus animées de la vie de Montale, qui compose ici les “Occasions” et rencontre pour la première fois Irma Brandeis et plus tard aussi Drusilla Tanzi, qui deviendra l’épouse du poète.

Eugenio Montale s’installe à Milan en 1948. Ici, il a commencé à collaborer avec Corriere della Sera, journal pour lequel il rédige des critiques littéraires, des reportages et des articles plus généraux. Montale continue de publier des œuvres en vers et en prose, épousant finalement Drusilla Tanzi en 1962, après 23 ans de fiançailles.

Le mariage n’est pas destiné : Drusilla meurt en octobre 1963, après une période de douleur et de maladie. La collection « Xenia » lui est dédiée. La poésie montalienne s’assombrit, se désenchante : les vers chantent le détachement de la vie, les mutations de la modernité, les transformations culturelles. En 1975, le poète reçoit le prix Nobel de littérature “pour sa poétique franche qui, avec une grande sensibilité artistique, interprète les valeurs humaines sous le symbole d’une vision de la vie sans illusions”.

Il est décédé le 12 septembre 1981 à la clinique de San Pio X. Il a été enterré à Florence, à côté de sa femme Drusilla.

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