Roberta Torre, cette ‘Viande étrange’ entre les lignes : ‘C’est pour ça que les bonnes filles tombent amoureuses des coquins’

celui de Roberta Torre c’est vraiment une présence unique dans le panorama du cinéma et, plus généralement, de la culture italienne. Femme libre, forte, “pop” et auteure à la fois. La Milanaise est tombée amoureuse de la Sicile, elle s’est retrouvée dans un autre endroit qu’elle aime, la Toscane. En 1997, Roberta Torre choquait tout le monde avec les tons légers, ironiques et colorés de Tano à mourir, le premier film à ridiculiser la mafia : un film primé à Venise, au David, au Nastri d’Argento. En 2000, Roberta a tourné un set musical parmi les immigrants africains débarquant en Sicile, et elle l’a nommé Storic du côté sud. Il n’y a pas que du jeu, il n’y a pas que de l’ironie. Dans un long film/interview il recueille l’histoire de Pino Pelosi, blesser la grenouille: l’homme reconnu coupable du meurtre de Pier Paolo Pasolinic.

Réalisatrice et scénariste, Roberta Torre a 59 ans

Ce printemps, Roberta Torre a fait ses débuts dans la fiction avec un roman très pulpeux, Viande étrange, publié par Fandagno. Roberta, l’a donné à la presse un thriller érotique et surréaliste: ça touche parfois l’atmosphère des films de David Lynch. “Oui : je raconte une histoire à la Bonnie and Clyde : une fille qui tombe amoureuse d’un homme qui est un criminel, certes dangereux, probablement un meurtrier, mais vers qui elle est immédiatement attirée”, explique l’auteur.

Dans le livre, il le décrit comme “un imbécile qui avait le goût du foin et de la bière”…

Roberta Torre a fait ses débuts dans la fiction avec un roman très charnu, Strana carne, publié par Fandagno
Roberta Torre a fait ses débuts dans la fiction avec un roman très charnu, Strana carne, publié par Fandagno

« C’est la chance qu’elle voit d’échapper à sa mère, aux codes de la bourgeoisie. Cet homme représente l’éruption de la violence, mais aussi d’une nouvelle énergie dans sa vie. C’est une Bonnie qui attend son Clyde.”

Avec une torsion dans l’histoire, les deux se retrouvent dans une sorte d’hôtel mystérieux, où chaque invité semble cacher des secrets.

« Les secrets sont très importants : c’est ce qui me fascine le plus chez les gens. Chacun des personnages du livre vit en enlevant des secrets et en les revivant. La maison d’hôtes où je les ai mis est l’hôtel de s.hEntrer dans la version pays”.

Le personnage principal est fasciné par le criminel…

« Le criminel, qu’on le veuille ou non, a sa propre fascination pour les humains. Parce qu’il fait sauter tout le château des conventions civiles ».

Qu’est-ce que l’écriture du roman vous a apporté d’autre ?

Réalisatrice et scénariste, Roberta Torre a 59 ans

« La joie indescriptible de pouvoir faire ce que l’on veut. On n’a pas à se soucier de savoir si une scène est faisable, combien ça coûterait de tourner, tous ces problèmes qui lient ceux qui écrivent pour le cinéma. Ensuite, peut-être que maintenant que c’est écrit, ça pourrait même devenir un scénario pour un film.”

Et en parlant de cinéma, c’est où ? Mes cheveux me font malvotre film sur Monica Vitti avec Alba Rohrwacher et Filippo Timi ?

“Nous avons terminé le tournage et nous avons déjà fait un premier montage. C’est un film qui raconte l’amnésie dont souffrait Monica Vitti. Alba revit tous les personnages de Vitti, c’est comme si elle avait vécu dans tous ses films : La nuit, l’aventure, Teresa la voleuse… Mais on voit aussi de vrais fragments des films de Vitti. Nous avions accès à un répertoire immense.

Quel rôle joue Filippo Timi ?

Filippo Timi (photographié aux côtés de Francesco Scianna dans le film “Il filo invisibile” de Marco Simon Puccioni) joue le rôle de l’homme qui s’est tenu à côté de Monica Vitti pendant 30 ans dans “Mes douleurs capillaires” de Roberta Torre

« Celle de l’homme qui l’accompagne depuis trente ans. Dans la fiction du film, cet homme se rend compte que Monica ne trouve de vie que dans ses personnages, et joue ce ‘jeu’ avec elle, afin d’entrer dans son esprit, dans sa vie ».

Selon vous, qu’est-ce qui a rendu Monica Vitti si spéciale ?

“Sa capacité à jouer le rôle de femmes très différentes, avec une énorme sensibilité féminine.”

Il a également réalisé un documentaire sur sept transsexuels bolonais, le fantastique

« Oui : je raconte l’histoire de sept amis trans qui se retrouvent pour une séance, pour redécouvrir leur relation avec l’un de leurs camarades décédés. Tout le monde n’est pas en bonne santé qu’au moment de la mort de nombreuses femmes trans sont habillées en hommes, par leur famille d’origine, et enterré avec leur nom masculin sur la tombe. Il ne reste rien d’elles, de leur identité féminine, de l’identité qu’elles s’étaient choisie. Le sens – cruel, horrible – de cette pratique est : moi, famille, je reprends ton corps et ton identité. Et il ne reste rien de toi. C’est un film contre cette violence commis après la mort de ces personnes ».

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